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SOCIÉTÉ
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Laïcité et religion
par Gilles Bernier, 2001-12-10
Il faut se rendre à l'évidence: l'objectivité (impartialité) relève davantage d'un idéal que d'une réalité. Et cela affecte aussi le mouvement laïc, lequel règle à son tour les médias, la science, ainsi que le droit, les arts et la politique; cinq éléments parmi ceux qui structurent notre société. La prétendue indépendance de toute position religieuse Argent, pouvoirs politiques, pensée laïque militante sont quelques unes des formes de valeurs qui modèlent l'interprétation du monde. Il faut se rendre à l'évidence, l'objectivité (dont se réclament les intervenants qui déterminent en bonne partie la pensée populaire) relève davantage d'un idéal que d'une réalité incontestable. Tout le monde prétend ne pas faire de mal à son prochain, et pourtant... De même, tout le monde se réclame de l'objectivité pure, et pourtant... Ainsi en est-il de la laïcité dans sa prétention d'indépendance de toute position religieuse. Objection de la laïcité: "Les religions sont moins objectives". La laïcité est plus objective que toutes les religions. Voilà un sophisme (argument trompeur) fort répandu, et surtout cru. Dans les faits, une position religieuse honnête ne prétendra pas enseigner autre chose que ce qu'elle enseigne; une position religieuse particulière. Par exemple, quand elle dira enseigner la doctrine de la Rédemption ou la Christologie de son Église, elle n'enseignera pas autre chose. En cela, elle peut être plus honnête. Elle pourra commettre des erreurs ou lacunes dans son interprétation, mais elle enseignera ce qu'elle dit enseigner. Certes, on peut être religieux sans être chrétien... Mais tout comme pour le croyant qui a pris position, le partisan d'une vision non chrétienne du monde devient lui aussi critique ou prudent face à ce qui contredit sa toile de « croyance » laïque ou athée. Le problème apparaît s'il affirme qu'il possède la seule vision objective du monde. De la même manière, la laïcité, forte de sa prétendue neutralité à l'égard des religions se trahit lorsqu'on constate qu'elle a vraiment pris une position qu'elle s'efforce de suivre ensuite. De même, peut-elle dire qu'elle incarne le modèle d'ouverture lorsqu'elle encense presque certaines philosophies religieuses orientales ou autres, mais qu'elle refuse de mettre son choix en jeux si une découverte archéologique, scientifique ou un témoignage tendent à démontrer l'existence du Dieu des chrétiens ou l'inspiration de la Bible. Elle se dit que c'est le fait de partisans biaisés. En fait, elle n'est pas moins partisane que ne l'est une position religieuse. En quoi une religion peut-elle être plus honnête que la laïcité? Lorsqu'elle ne prétend pas être libre de tout parti pris, alors qu'elle sait très bien ce qu'elle a choisi de croire après avoir préalablement pesé des options. À l'inverse, lorsque la laïcité militante a choisi de ne pas croire au Dieu des chrétiens, comment peut-elle prétendre à l'avènement d'un État libre de préjugés? Comment peut-elle affirmer sans rire que le fait de rejeter l'option de ce Dieu qui interviendrait dans l'histoire de l'univers et de l'homme n'influence aucunement l'interprétation de ce qu'elle touche par la suite ? Science, médias, droit arts et politique (ou même étude de la spiritualité) pour ne nommer que ceux-là? Alors que ces mêmes approches vont par la suite juger de la véracité de la foi chrétienne. Le raisonnement démasqué Car c'est bien le cycle typique:
En résumé, ce que nous voulons faire ressortir, c'est qu'à partir du moment où j'exclus une possibilité ou un facteur d'explication, je cesse d'être totalement impartial et j'entre dans le domaine de la foi-croyance. Même si je préside un comité de laïcisation. Par exemple, si je dis que je crois qu'il n'y a rien après la mort, c'est une confession de foi (athéisme). Comment est-ce que je sais qu'il n'y a rien? Et si plus subtilement j'affirme qu'il y a peut-être quelque chose mais qu'on ne peut pas le savoir (agnosticisme)? Comment puis-je prouver qu'on ne peut pas le savoir actuellement ou dans le futur? Même chose si je dis: "De toute façon, s'il y a un Dieu, il ne peut pas se révéler aux hommes" (agnosticisme). S'il y a un Dieu, comment puis-je affirmer qu'il ne peut pas se révéler ou qu'il n'a pas de personnalité? Ou encore, comment puis-je affirmer que tous les chemins choisis mènent à une même destination (universalisme, ésotérisme)? Tout cela relève de la sphère de la foi. Dans ce qui suit, nous développons notre réflexion afin que vous compreniez comment cela se traduit dans la toile culturelle québécoise et en Amérique du nord.
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